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Quelques concepts



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   La médiation

Diverses expériences récentes, ou en cours, m’ont amené à m’interroger sur ce qu’est la médiation, d’autant qu’elle entraîne des réactions vives, dès lors que ce mot est employé.

J’ai perçu spontanément, et sûrement parce que l’envie devenait trop forte, que certaines oppositions pouvaient être dépassées, en tout cas, qu’il fallait les travailler en tant que telles, de manière à créer une nouvelle situation relationnelle, hors des kystes et des sédiments des anciens systèmes de relations.

J’ai donc eu l’occasion de proposer mes services, et de conduire des missions dans des oppositions apparemment insurmontables.

Cela a été le cas auprès de directions et d’instances représentatives du personnel, de directions et de cadres, avec des départs inévitables, des rapprochements d’associations, petites équipes à forte identité culturelle, accompagnement de cellules de reclassements, avec intermédiation des partenaires, etc…

Il s’agissait à chaque fois de parvenir à créer les conditions de situations relationnelles nouvelles, à partir de représentations et de conflits anciens.

La principale difficulté, (et source de réflexion), rencontrée, tenait à la capacité de se faire accepter par l’ensemble des parties, y compris de celle qui apparaît comme « décideuse ».

La  médiation est elle-même source de projections, renvoyant à je ne sais quel paradis où les difficultés peuvent se résoudre, parce qu’un consultant, ou un médiateur, aurait été désigné, qu’aussitôt une démarche rationnelle, transparente, aurait été indispensable, et inévitable.

 Aujourd’hui, il est vrai, la médiation fait l’objet d’un discours rationnel, surtout dans le cadre économique : le médiateur doit être « neutre », il doit « avoir » une méthodologie « transparente », il doit agir sur des « sujets » pas trop complexes, ni « impliquants » pour les personnes. Il doit enfin être « choisi », soit par un décideur, soit par deux ou plusieurs parties.

 

Or, ce discours laisse de côté, l’irrationalité des acteurs, sous l’apparente rationalité de celui à qui est proposé une mission de médiation, et de celui, ce peut être le même, qui prend l’initiative de penser à une mission de médiation.

 Cette « irrationalité » a cependant un corps, une âme : ceux de la personne ou du groupe.

C’est entre ces différents corps (assimilés à un premier niveau de problématique), entre ces différentes âmes (assimilées à un second niveau, plus profond, de problématique), que le médiateur doit se glisser. Il entre alors dans la dialectique du conflit entre les parties et, entre de multiples allers retours où il est lui-même mis en question, sur la base de : « est-ce que je peux vous faire confiance ? », il devient » l’objet » de la définition d’une voie permettant de réconcilier les différents points de vue.

Les concepts de base de la médiation en milieu économique doivent donc être revisités.

Tout d’abord : la neutralité. Le médiateur serait nommé, de manière univoque, par un décideur, en étant extérieur au conflit ou au projet qu’il s’agit de régler ou de réaliser.

 
Comment le médiateur a-t-il été trouvé ? L’objectivité pose ainsi déjà question, puisque l’on ne trouve en général que ce que l’on cherche. Et que cherche-t-on, sinon ce que l’on veut trouver ? Or, la neutralité du médiateur consiste seulement à reconnaître qu’il est l’objet de ces projections, et qu’il doit pousser la question du choix, des raisons, plus loin que ce que son interlocuteur veut bien en dire de premier abord. L’on découvre alors que, pour continuer à exister dans la dialectique du conflit ou du projet, le décideur doit prendre en compte les autres parties. Il s’agit d’une question existentielle, qui remet en cause les mécanismes conscients et inconscients par lesquels chaque personne, ou groupe, s’est engagé dans la situation à résoudre, y compris le décideur.

 

Le décideur ne l’est alors plus vraiment, même s’il signe et qu’il paie. Le vrai décideur est la perspective de sortie de la situation, avec la création d’un nouveau champ relationnel.

La neutralité du médiateur est seulement dans la capacité à se trouver accepté par les parties, dans le cadre de la recherche d’une nouvelle situation qui le dépasse.

 
Ensuite, la méthodologie doit être transparente. Tout le monde le sait : l’observateur ne voit que ce qu’il veut ou peut voir. Or, c’est sur ce qu’il veut ou peut voir que va se faire le travail sur une nouvelle représentation de la situation. Son corps et son âme seront alors interrogés, et transformés. Et cela devrait se passer dans la transparence, alors qu’il n’y a rien de plus opaque que ces processus. Il en est de même de chacune des parties prenantes à la situation. Il est donc bon d’indiquer quelques étapes et quelques méthodes, mais il ne faut pas s’illusionner sur la puissance de leur appropriation par les parties.

 
Les sujets ne doivent être ni trop complexes, ni trop impliquants pour les parties. A voir comment se déroulent les ateliers de médiation, dans lesquels des personnes, jeunes ou adultes, se servent d’un support pour parvenir à une représentation du monde qu’ils ignoraient, et donc à un autre état d’eux-mêmes, il ne faut douter ni de la complexité, ni de l’implication, elles sont tout le temps présentes, même dans les plus anodines des situations.


Le sujet, les parties, se transforment, au fur et à mesure des tensions, des conflits, qu’ils doivent résoudre, sans y perdre leur identité, ni leurs passions ! Et chacun trouve alors la solution optimale lui permettant de sortir de la situation problématique.

 
Enfin, le médiateur doit être choisi. En réalité, c’est l’espace de médiation qui est choisi : un endroit de parole où chacun pourra trouver la confiance en la prise en compte de ses préoccupations, de ses blocages, de ses espoirs, avec une circulation entre les différentes paroles des parties. Le médiateur est donc celui qui sera investi de cette projection de confiance, investissement limité à la rationalité de celui qui en aura fait le choix, soit par première décision, soit par acceptation de la proposition de médiation.

 
Dernier point concernant cet approfondissement des concepts : la médiation ne peut servir de poubelle, où chacun passerait pour le « singe » qu’il ne veut pas voir dans cet espace de parole.

La parole est exigeante, c’est la seule alternative pour qu’elle soit vraie. Aussi, cet espace ne peut faire l’économie d’un travail sur les mots, leurs représentations, leurs contenus affectifs, leurs origines, etc…

 
Toute médiation s’oppose donc à l’immédiat, pour laisser le temps de la maturation. Toute médiation suscite un cadre spatio-temporel qui lui est propre, loin des cartes géographiques et des plannings prédéterminés, même s’ils sont utiles pour commencer le débat.

 
Et puis, finalement, toute médiation s’inscrit dans une oscillation entre créativité et destructivité, loin des normes rationnelles de la coopération standard.


La dynamique de groupe


Que l'on veuille ou non, les opinions les plus fécondes et les sentiments les plus profonds ne restent que chimères s'ils n'émergent pas de la rêverie solitaire ou des confidences en tête à tête.
Pour devenir des réalités dynamiques qui nous engagent, nous transforment et nous transcendent, ils doivent être exposés à l'appréciation et à l'altération des groupes auxquels nous appartenons.
C'est en devenant des sujets d'intérêt dans des espaces publics de plus en plus larges que les expériences individuelles contribuent à la transformation des représentations et des réalités sociales." - Auteur : Chantal Leclerc Comprendre et construire les groupes Les Presses de l'Université Laval


Qu'est-ce-qu'un groupe ?

C'est un nombre restreint de personnes (entre 3 et 20 ), impliqué dans une entité repérable, dont l'unité résulte d'une certaine communauté du sort collectif et de l'interdépendance des sorts individuels.
Ces personnes interagissent et s'influencent mutuellement.
Il serait bien illusoire de croire à une communauté absolue d'objectifs au sein d'un groupe. La vie collective se fonde autant sur la rivalité, la compétition ou des désirs de différenciation que sur des désirs d'affiliation et de solidarité.
De plus, la notion de cohésion est autant déterminée par la coordination des comportements effectifs des personnes mises en présence que par des objectifs partagés, des intentions clarifiées ou des bons sentiments.
Le groupe se maintient donc lorsqu'une recherche de correspondance se fait entre les contributions et les attentes des uns et des autres. Ce ne sont pas l'attrait d'un but commun ou l'attrait des personnes entre elles, comme le prétendent plusieurs ouvrages de psychologie de groupe, mais la notion de compatibilité des scénarios individuels qui devient centrale.
Pour que des projets s'inventent, il faut donc que l'idéal et l'absolu fassent place au possible et au ponctuel.


Quelles sont les dimensions qu'il faut considérer dans un groupe ?

J'en retiens quatre :
  • la dimension instrumentale : détermination, clarification des objectifs individuels et collectifs ; distribution des rôles, recherche des moyens et procédures permettant de progresser vers la réalisation des objectifs ; clarification des messages qui s'échangent.
  • la dimension contextuelle : espace socio-historique, systèmes collectifs de référence, autonomie laissée au groupe, etc...
  • la dimension relative à la composition du groupe : statuts de chacun, appartenances repérables : âge, sexe, ethnie, qualification, catégorie sociale, cultures et valeurs de chacun, etc...
  • la dimension relative aux ressources/ contraintes dans lesquelles se trouve le groupe : délais, moyens, compétences, pouvoirs formels, etc...

Quelles sont les interactions entre individu et groupe ?

  • d'un côté, l'individu inscrit son action dans des attentes de l'organisation dans laquelle il se trouve, d'un autre côté, la malléabilité et l'ambigüité inhérente aux organisations lui laissent toujours une marge de liberté, d'interprétation et de pouvoir, ce qui contribue à la transformation de cette organisation. Pour survivre, l'organisation, et le groupe, tolèrent toujours un certain écart à la norme.
  • ensuite, les membres d'un groupe agissent par approximation sociale. Ils font comme si leur comportement et celui de leurs partenaires ne comportaient aucune équivocité. On se compare aux autres, même pour savoir ce que l'on ressent.
  • l'effet sur le groupe peut être que la recherche de l'accord devient si prédominante qu'elle tend à l'emporter sur une évaluation réaliste des autres possibilités d'action, d'ou quelques symptômes de la pensée de groupe : l'illusion d'invulnérabilité, l'autojustification collective, l'illusion d'unanimité, etc...

Comment fonctionnent les processus de changement dans un groupe ?


J'ai choisi de gérer le changement émergent, que je compare au changement planifié : parce qu'il s'agit de gérer des processus nouveaux, ébranlant les certitudes et les routines, qui sont des processus complexes de remise en question des rapports sociaux et des individus.
Ces changements échappent à l'autorité institutionnelle, aux programmes rigides, aux solutions universelles. Ils se bâtissent sur la construction de solutions locales et ponctuelles, dans lesquelles les individus et les groupes donnent et trouvent du sens. Les solutions aux problèmes et aux désirs quotidiens méritent donc toute l'attention.
  • tout d'abord, au niveau individuel : le rôle de chaque individu est d'abord fait pour sa sécurité, sorte de sagesse, qui lui permettra d'explorer les potentialités d'une situation. C'est lorsque les divergences et les malaises surgissent que les individus peuvent alors chercher d'autres répliques. Lorsqu'il y a incompatibilité entre l'image qu'on se fait de soi, et les attentes liées au rôle que l'on tient.
  • et c'est donc l'investissement subjectif de l'individu dans une action orientée vers des valeurs qui est le plus productif de changement. Il nécessite, il est vrai, des efforts physiques, psychiques et matériels. De plus, ceci se fait dans une problématique de positionnement des individus entre eux, dans des contextes de coprésence et dans les sentiers spatio-temporels de leur vie quotidienne. Enfin, il faut que le changement vaille l'investissement à y affecter : sinon, pas de mobilisation sur un changement, ou un retrait sur les aspirations, ou un départ...
  • ensuite, concernant le groupe : il existe quelques leviers structurants.
Le premier est la normalisation : le rôle du groupe n'est pas tellement d'homogénéiser les points de vue, mais surtout de les intégrer à un niveau supérieur, en permettant aux personnes d'affermir leur propre position.
Le deuxième levier réside dans la capacité à créer des dissonances : car l'un des enjeux du groupe est de trouver l'équilibre entre des échanges complaisants et des tensions extrêmes.
Le troisième levier correspond à la fonction du groupe, de construction identitaire et de redéfinition des réalités sociales dans l'action : partage d'expériences concrètes, décristallisation des attitudes, des comportements, des sentiments et des visions que l'on a de son environnement.
Le quatrième levier est celui de l'entraide et de l'autodétermination. L'aide aux autres est une aide à soi-même.
Tout ceci repose, bien sûr, sur la conviction que les sujets sont déterminés à donner un sens à leurs conduites et à transformer leur environnement pour le rendre plus viable, plus conforme à leurs désirs et à leurs projets.


Quelles conséquences en tirer pour l'animateur et l'animation ?

  • Savoir reconnaître et nommer les différentes stratégies de pouvoir qui s'exercent dans le groupe.
  • Savoir mettre en question les déterminismes du pouvoir de façon à faire comprendre qu'aucune situation n'est jamais totalement bloquée.
  • Créer des situations de confrontation dialectique, avec conviction et sérénité.
  • Amener les membres du groupe à se doter de normes auto-instituantes.
  • Ne pas hésiter à prendre position, à utiliser son propre pouvoir pour décourager systématiquement l'exercice des sortes de pouvoir qui imposent une perspective sans raison valable.

Enfin, de même que le coach individuel ne peut être le sachant du coaché, de même qu'il doit tenir compte des interactions provoquées par sa seule présence, il  est impossible à l’animateur, en tant qu'animateur, d'échapper à sa propre position et d'intervenir à partir d'un point de vue qui transcenderait ses appartenances et ses propres intérêts.

Ceci entraîne certains choix : 
  • reconnaître que je suis immergé, plutôt que de me situer à l'extérieur
  • utiliser ma subjectivité comme instrument d'intervention, plutôt que de prétendre poser des jugements objectifs et neutres
  • exprimer ma position, comme étant le résultat d'un choix, plutôt que de la légitimer par mon statut et mon expertise
  • rechercher l'établissement de rapports égalitaires
  • adapter mes interventions aux situations locales, plutôt que d'appliquer des méthodes prétendument universelles
  • reconnaître la réciprocité de l'influence 
Enfin, l'analyse des situations de groupe se fait en examinant :
  • les enjeux en présence dans le groupe, c'est-à-dire ce que les partenaires peuvent perdre ou gagner dans l'interaction.
  • les raisons, les désirs, les peurs qui peuvent sous-tendre certaines conduites individuelles et collectives, si aberrantes soient-elles.
  • l'ensemble des éléments qui peuvent influencer les forces de changement ou d'inertie.


Les techniques d'animation



Des responsabilités partagées

Aucun être humain, si doué soit-il, ne peut être centré à la fois sur la tâche, sur les relations interpersonnelles, sur les messages implicites qui s'échangent, sur les enjeux politiques en cause, sur les droits de parole à attribuer, sur la critique des idées, sur la gestion du temps, et sur les procédures.
Les responsabilités d'animation peuvent donc se partager, mais cela se fait le plus souvent d'une façon graduelle, à mesure que les membres mobilisent leurs ressources et qu'ils peuvent assumer leur orientation et leur développement.


L'animation contient cinq fonctions :

  • la fonction de communication : par exemple : s'interroger sur les sens des interventions qui dérivent ou des messages qui s'éparpillent et demander d'expliquer les liens avec le sujet sur lequel on échange. Ou reconnaître l'équivocité irréductible de la communication et ses limites dans la compréhension des autres. Ceci avec les différents autres aspects classiques : écouter, reformuler, souligner les malentendus, équilibrer les participations, etc...
  • la fonction de métacommunication : favoriser l'observation des processus de groupe et leur élucidation, et renoncer à présenter son point de vue comme une vérité indiscutable
  • la fonction de structuration : favoriser une démarche cohérente et structurée : analyser les composantes d'une problématique, déterminer une priorité d'intervention, proposer les moyens, les temps, les stratégies pour atteindre l'objectif, proposer et faire respecter les procédures, évaluer, conclure.
  • la fonction de production : favoriser la production et la réalisation de la tâche, notamment proposer des modèles conceptuels permettant de comprendre clairement les éléments inhérents à la tâche du groupe ; utiliser des stratégies favorables à la résolution de problèmes, à la prise de décisions et à la créativité.
  • la fonction de soutien affectif : favoriser un climat positif et le développement de relations satisfaisantes : par exemple faciliter l'expression des émotions pénibles, confuses, protéger les membres vulnérables.


Quelques autres aspects


Les silences : de transition, d'intégration, d'embarras, de démission, de dépendance affective, d'appréhension de parler en public, d'agressivité passive.
Chez les asiatiques, il y a un dicton : une personne ne devrait parler que si la qualité de ce qu'elle a à dire est supérieure à la qualité du silence qu'elle rompt.
La métacommunication : faire de la métacommunication, c'est décrire :
  • la manière dont on entre en relation et dont on se positionne les uns par rapport aux autres
  • la manière dont on comprend ses paroles et gestes mutuels
  • les rôles que l'on s'attribue
  • les normes et les règles implicites qui régissent la communication et qui peuvent finir par causer un problème.

Pour favoriser la compréhension mutuelle, on utilise : 
  • la reformulation
  • la synthèse
  • la mise au point
  • les différents types de questions
  • les liens entre les interventions
  • le reflet empathique
  • le feed back

Il peut également y avoir des stratégies d'invalidation :
  • les messages niant l'expérience de l'autre
  • les messages définissant l'expérience de l'autre (catégorisation, attribution, réaction hors contexte, rejet, sous-évaluation ou sur-évaluation de l'expérience de l'autre )
  • les messages paradoxaux ou générateurs de confusion (double sens, allusion, message énigmatique, confus, changement de sujet, de registre émotionnel, de position relationnelle, message contradictoire et double contrainte, injonction paradoxale )
  • message faisant appel à des aspects extérieurs à la relation.

Si c'est utile (par exemple, si le groupe a besoin de se rassurer, il existe des outils d'évaluation, sous forme de tableaux, susceptibles d'aider le groupe à poser des réflexions sur son avancement ).


Favoriser le dialogue rationnel :

  • être en possession d'informations précises et intégrales
  • être à l'abri de toute coercition et d'illusions déformantes
  • être ouvert aux perspectives alternatives

Sachant qu'il est difficile de séparer le sens des mots et des phrases, de la relation qui leur sert de support, et de leur propre relativité pour chacun. En d'autres termes, les mots et les phrases, au delà du sens éventuellement conventionnel sur lesquels les interlocuteurs peuvent s'accorder, sont le reflet de situations subjectives : à chaque mot ou chaque phrase, un vécu individuel.



    L'apprentissage

    Tant au plan de la pratique que de la pensée théorique, la vie humaine tient la plus grande part de sa richesse, de toute expérience qui sort de la réalité convenue de la vie quotidienne, de toute ouverture au mystère qui nous entoure de tous côtés (cité dans Musgrove, 1977, p.11)."


    Qu'est-ce-qu'apprendre ?

    Nous n'avons pas le choix : il est nécessaire de comprendre nos expériences pour pouvoir agir efficacement. Le savoir ne se trouvant ni dans les livres, ni dans l'expérience du formateur, il revient à l'apprenant que chacun de nous est, à interpréter et réinterpréter, en nos propres termes, le sens d'une expérience.
    Dans l'apprentissage, nous réinterprétons en quelque sorte une expérience ancienne (ou en décryptons une nouvelle ) à partir d'un nouvel ensemble d'anticipations ( conduite manifestant une préparation spécifique à un évènement futur ou une révision consciente ), attribuant ainsi à l'expérience passée ou nouvelle un sens nouveau et une perspective nouvelle.
    Ceci peut se faire à partir, soit : des schèmes préexistants, des schèmes compatibles avec les préexistants, des schèmes transformés (nous éprouvons un sentiment d'inadéquation ), d'une transformation de perspective ( nécessitant une recherche de nouveaux schèmes ).
    Enfin notre apprentissage est presque toujours multidimensionnel : il implique d'apprendre à maîtriser l'environnement, à comprendre le sens de nos communications avec les autres et à nous comprendre nous-même.


    Comment apprend-on ?

    Les évènements qui arrivent à chacun d'entre nous déterminent moins sûrement nos actes, nos espérances, nos performances, notre acceptation ou notre révolte, notre équilibre affectif que ne le font les interprétations et les justifications que nous donnons de ces évènements eux-mêmes.
    Chaque évènement perçu est donc un acte de sélection de notre psyché, car l'esprit sait se protéger d'un évènement trop angoissant par une suspension totale ou partielle de la conscience. Ce mécanisme crée un point aveugle, une zone d'attention bloquée, source d'illusions et de fantasmes.
    Nous avons donc tendance à accepter et intégrer les expériences qui entrent facilement dans notre cadre de référence, jusqu'à ce que des symptômes : santé, travail, affectif, viennent nous rappeler qu'il peut y avoir d'autres manières de comprendre et de vivre.
    L'apprentissage implique donc toujours l'interaction de :
    1. l'image de soi, la cadre de référence et la ligne de conduite en fonction de laquelle l'apprentissage s'effectue
    2. les conditions de communication : la maîtrise du langage, les codes qui le sous-tendent
    3. la situation rencontrée, c'est-à-dire les circonstances extérieures qui entourent la production d'une interprétation et sa mémorisation ( ici, par exemple, l'implication affective du mode de communication : tendre, humoristique, violent, etc... )


    Quelles conséquences en tirer ?

    Le monde contemporain se caractérise autant par l'affaiblissement des structures d'autorité traditionnelles ( y compris idéologiques ) que par une nette accélération du rythme des changements qui interviennent dans la vie des adultes ( encore que ce dernier point, considéré comme "réel" actuellement, n'est que la traduction de l'écart existant entre les créations de nos sociétés et le sens et l'organisation que nous nous donnons ).
    Ces circonstances exigent des individus une capacité à résoudre un registre de problèmes plus étendu que jamais sans qu'ils puissent compter, comme auparavant, sur d'autres ressources que les leurs. Les valeurs prescrites par la culture et les systèmes de croyances acquis à travers la socialisation risquent de ne plus être adaptés à ces tâches.
    La formation des adultes devient donc une entreprise collective d'apprentissage informel et non directif dont l'objectif principal est de découvrir le sens de l'expérience ; une quête de l'esprit qui creuse jusqu'aux racines des préconceptions qui élaborent notre conduite ; une technique d'apprentissage pour adultes qui juxtapose la formation et la vie, élevant ainsi le fait même de vivre au rang d'expérimentation audacieuse... Délaissant les manières habituelles, l'apprenant commence par étudier les problèmes immédiats auxquels il est confronté et qui font obstacle à son épanouissement. Le maître abandonne son rôle de figure d'autorité pour devenir le guide, l'instigateur qui collabore à l'apprentissage en proportion de la force et de la pertinence de ses actes et de ses expériences.

    Apprendre à un adulte doit donc passer par l'aider à :
    • être mieux renseigné sur les contextes ( normes, codes, modèles de réactions, filtres perceptifs ) et les conséquences de leurs croyances
    • exercer davantage sa réflexion critique dans l'évaluation, tant du contenu et du processus de la résolution de problème, que de sa propre manière de participer à ce processus
    • mettre en parenthèses leurs idées préconçues, examiner ouvertement les informations et évaluer les arguments des autres (mécanismes du dialogue rationnel )
    • produire de meilleures inférences, des généralisations plus pertinentes et des arguments cohérents
    • moins céder à des mécanismes psychologiques de défense et mieux accepter l'autorité d'une validation consensuelle provisoire des idées exprimées 
    • recentrer la situation problématique, la faire redéfinir, de façon à ce qu'elle intègre sa solution potentielle.
    Le chanteur disait « je sais que je ne sais pas ». C’est le début de l’apprentissage. C’est son chemin. Une fois que l’on « sait », chacun est alors prêt pour apprendre de nouveau, pour être sollicité de nouveau.




    Le désir

    "Il y a pourtant, au coeur des hommes, quelque chose d'aussi fort que l'amour de la vie, c'est la curiosité. Et au coeur de la curiosité, il y a quelque chose qui est comme l'âme du monde, et son moteur : c'est le désir."
    Ce passage de Jean d'Ormesson dans La Douane de la Mer exprime le mieux ce que je retiens de ce fameux désir en psychologie : la curiosité, une finalité, le moteur, une énergie.

    Je me suis donc intéressé à la compréhension de ce binôme : finalité/énergie, afin de parvenir à répondre de manière simple, à trois questions, articulées autour du désir :
    • Quelle est la finalité du désir ?
    • Comment fonctionne l'énergie du désir ?
    • Quelles conséquences en tirer pour un travail d'accompagnement des individus, basé sur leur développement ?
    Auparavant, je retiens la définition suivante du désir : il est une tension, entre ce que nous retenons de ce qui nous entoure, et la recherche de notre satisfaction originaire.
    Le désir est donc une illusion, puisqu'il dépend de l'idée fausse que ce qui nous entoure est quelque chose d'autre, qu'on a besoin de chercher en dehors de soi.


    Alors que ce n'est jamais que l'interprétation psychique que l'on en donne.
    Le désir n'est donc rien d'autre que sa propre interprétation : il est aussi puissant qu'évanescent : car ce sont sans cesse des compromis qui se voient, sans abandonner cette recherche pathétique de la satisfaction originaire.
    La satisfaction originaire tient à deux pulsions contradictoires et complémentaires : la peur du manque et l’envie de l’infini.


    Quelle est la finalité du désir ?

    C'est avant tout un paradoxe. La finalité du désir : en finir avec le vivant, alors 
    que seul le vivant permet au désir de s'exprimer.
    Le désir n'est pas purement et simplement finalisé par l'objet de la satisfaction originaire : il est plutôt la quête erratique des signes de la perception de cette satisfaction.
    Le sujet ne se fait donc pas à la perte de sa toute puissance, et l'extérieur le lui rappelle constamment.
    Le désir n'a plus alors d'autre objet que de donner du sens à ce que l'individu vit.
    Ce que le désir recherche alors, c'est la connaissance de toute la réalité qui est la sienne, et qui ne se résume pas au caractère souffreteux ou non de la petite enfance.


    Comment fonctionne l'énergie du désir ?


    Un peu comme les planètes de notre galaxie, attirées et repoussées les unes par les autres, il s'agit d'un double mouvement, apparemment contradictoire.
    Et c'est ce mouvement qui fait avancer, se développer, et éviter la régression.
    Il s'agit donc d'un va et vient, creusant par son mouvement même une entité, jamais fixe, jamais définitive, qui est celle de l'individu.
    Ce va et vient est une tension de l'individu entre le refus de la frustation et la peur d'un plaisir trop fort.
    Le désir a donc des ruses, la principale étant le fantasme.
    Ce dernier peut prendre la forme de l'argent, du pouvoir, du sexe, de toute image subliminale. L'autre ruse est le symptôme : inhibition, angoisse, envie, etc...
    La tendance lourde du psychisme humain est de faire de ces fantasmes et de ces symtômes des opportunités de modification de la personnalité.
    C'est dans cet incessant va et vient que se forge l'individu : le mouvement et la finalité se rejoignent alors.


    Quelles conséquences en tirer pour un travail d'accompagnement des individus basés sur leur développement ?


    Il n'y a pas contradiction entre développement personnel et développement professionnel, il y a même complémentarité.
    L'objet du coaching doit cependant être clairement identifié : dans le champ professionnel, et avec une définition de l'objectif à atteindre.
    Quelle est la réalité profonde de cet objectif, au delà du fantasme, et du symptôme, quelle est sa part réalisable, accessible, tant par la mobilisation des ressources de l'individu, que par la prise en compte de l'environnement : équipe, marché, concurrents ?
    Cette réalité se découvre au fur et à mesure de sa mise en forme, en paroles notamment, la parole entraînant souvent l’action.
    Ce n'est que par le langage, ses écarts, ses interstices, le temps de l'expression, de la mise en action des objectifs, que je peux accompagner l'individu.

    L'aider à ce qu'il se donne les moyens de ses objectifs, quitte à recentrer sa personnalité sur 
    ses ressources les plus profondes et les plus réalistes.
    Et, dans cette « aide », tenir compte de ma présence, de ses effets : les interactions étant importantes et devant être maîtrisées, afin de "retourner" le mieux possible les remarques qui me sont adressées, et qui ne regardent que celui qui me les adresse. Mais aussi, bien préciser où je me « trouve », par quoi je suis traversé, l’authenticité de l’autre ne pouvant s’exprimer que si la mienne est présente.




    L'énergie vitale

    J'ai utilisé le mot d'énergie pour parler du désir.
    Ce mot mérite de s'y attarder, car il constitue une base de mes convictions et de mon raisonnement.
    Je qualifie cette énergie de vitale, étant à la source de toute vie, minérale, végétale, animale ou humaine.
    N. WIENER, physicien, disait " Nous ne sommes que des tourbillons dans une rivière qui coule sans fin. Nous ne sommes pas une substance qui demeure, mais des tracés qui se perpétuent".
    Dans l'univers, tel que nous le définissons habituellement : l'ensemble des galaxies, et des autres univers, aucune particule, ni aucune autre entité, n'a de permanence absolue.

    La matière, que l'on peut penser stable, change à chaque instant, de manière imperceptible, sans quoi elle ne vieillirait pas.
    Il n'y a donc rien d'autre qu'un flux en constante transformation, qui se manifeste de diverses façons.
    Ce flux, cette onde, est caractérisée par la somme de toutes les expériences de la vie actuelle, et des vies passées, qu'elles soient cosmologiques, minérales, végétales, animales, ou humaines.
    Voilà pourquoi, chacun de nous, dans ses propres recherches, enrichira l'expérience de tout l'univers, c'est ce qui fait de la vie de chacun, quelque chose de sacré.


    Pourquoi est-il utile de chercher l'origine ? ou de comprendre ce qu'est l'énergie vitale ?

    Mon expérience personnelle m'a amené à rechercher mes origines, et plus profondément, mon origine, au sens de l'origine de chaque être.
    L'énergie vitale est une de mes réponses. Je l'ai trouvée au croisement des apports bouddhistes, freudiens, jungiens et lacaniens. Aucune prétention dans ce que j'écris, simplement ma vérité, résultat de mes recherches.
    Pour un bouddhiste, l'énergie vitale, l'origine est sans forme. Elle peut être comparée à une onde, caractérisée par la somme de toutes les expériences de cette vie et des vies passées.
    Pour un freudien, mon histoire semble repasser par la poussière d'ou je viens, pour modeler de sa glaise vivante une forme nouvelle : je suis celui que l'inconscient a emprunté pour se mettre en acte : celui que l'origine a emprunté en toute dernière extrémité.
    Pour un jungien, le cerveau a été formé et influencé par les expériences lointaines de l'humanité. L'inconscient n'est pas un réduit ou l'homme vide ses ordures, mais la source de la conscience.
    Pour un lacanien, l'origine est dans les interstices de la parole. Je suis ce que je sais, et l'origine ne peut être un simple double, ou un reflet de ce que je suis. Elle a des irruptions récurrentes, que seul un détachement passionné, serein, humble, peut permettre d'appréhender.
    Alors que nous concevons le monde comme nous étant extérieur, chacun des auteurs nous montre que le moi, l'égo sont une fiction, qu'il est donc impossible de satisfaire, par définition, et qui deviennent la cause de tous nos maux.
    Nous devons donc chercher à comprendre, à réfléchir, à mûrir, à purifier, les flots de pensées et de sentiments que nous rencontrons, et nous apporterons ainsi davantage d'intelligence, que ce soit pour nous, ou pour les prochains supports de conscience.


    Comment distinguer les apparences du fond ?


    La pensée a quatre fonctions : l'intuition ou la sensation, le sentiment, le conscient, et l'inconscient.
    Il s'agit de faire des allers retours entre ces quatre fonctions, allers retours jamais fermés, et ouvrant sur des résurgences de l'origine (énergie vitale ), qui a l'air de se complaire dans le paradoxe.

    Pour l'esprit occidental, contrairement à l'oriental, il y a souffrance, puisqu'il n'y a pas de réponse définitive, claire, fermée sur elle.
    De l'extérieur, la psychanalyse, outil de création occidental, peut être perçue comme visant un statu quo acceptable pour l'ego : trouver une adéquation entre les forces pulsonnielles dont le moi est le théâtre, et les exigences de la société.
    Elle serait un travail purement intellectuel, avec bouclage rétroactif. Mais il n'en est rien : devant la force des résurgences, il n'y a plus qu'à contempler et écouter, sans se laisser prendre dans l'illusion du moi.
    Pour Jung, être tolérant et développer « une amour attitude » vis-à-vis de soi ouvre à la rédemption, mot religieux un peu chargé, mais que nous pouvons rapprocher du concept de vacuité chez les bouddhistes.
    La contemplation permet alors de sortir de la pensée discursive, illusoire du moi, pour appréhender la nature du monde des phénomènes sur un mode non duel, dans lequel les notions de sujet et d'objet n'ont plus aucune signification : ce serait la rédemption.
    Ce n'est donc que par approximation, par manque d'investigation, par absence d'esprit critique, que nous acceptons allègrement les choses telles qu'elles apparaissent.
    Bien entendu, il ne s'agit pas de passer dans une activité purement contemplative, pour chercher cette rédemption. Elle est surtout inscrite au coeur de nos actions quotidiennes, qu'il s'agit de déchiffrer, pour unir l'homme extérieur et l'homme intérieur.


    Quelles conséquences en tirer ?


    La poursuite de buts matériels, et strictement matériels, ne peut apporter l'accomplissement et la paix intérieure.
    Ceci peut sembler paradoxal en ce qui concerne l'accompagnement de professionnels, mais ils sont avant tout des hommes ou des femmes, soucieux d'une harmonie intérieure, et d'une grande capacité de développement. Il n'y a pas contradiction entre développement intérieur et développement de ses activités, au contraire, tout porte à penser que nous disposons de ressources illimitées, mais qu'il nous faut les respecter, les comprendre, et leur donner une dimension compatible avec notre équilibre.

    Le travail d'accompagnement a donc pour objectif d'aider chacun à se relier au meilleur de lui-même et au sens de son action.

                                                                                                                       


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