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Emilion
Quelques concepts
-------------------------- La médiationDiverses
expériences récentes, ou en cours, m’ont amené à m’interroger sur ce qu’est la
médiation, d’autant qu’elle entraîne des réactions vives, dès lors que ce mot
est employé.
J’ai
perçu spontanément, et sûrement parce que l’envie devenait trop forte, que
certaines oppositions pouvaient être dépassées, en tout cas, qu’il fallait les
travailler en tant que telles, de manière à créer une nouvelle situation relationnelle,
hors des kystes et des sédiments des anciens systèmes de relations.
J’ai
donc eu l’occasion de proposer mes services, et de conduire des missions dans
des oppositions apparemment insurmontables.
Cela
a été le cas auprès de directions et d’instances représentatives du personnel,
de directions et de cadres, avec des départs inévitables, des rapprochements
d’associations, petites équipes à forte identité culturelle, accompagnement de
cellules de reclassements, avec intermédiation des partenaires, etc…
Il
s’agissait à chaque fois de parvenir à créer les conditions de situations
relationnelles nouvelles, à partir de représentations et de conflits anciens.
La
principale difficulté, (et source de réflexion), rencontrée, tenait à la
capacité de se faire accepter par l’ensemble des parties, y compris de celle
qui apparaît comme « décideuse ».
La médiation est elle-même source de
projections, renvoyant à je ne sais quel paradis où les difficultés peuvent se
résoudre, parce qu’un consultant, ou un médiateur, aurait été désigné,
qu’aussitôt une démarche rationnelle, transparente, aurait été indispensable,
et inévitable.
Aujourd’hui,
il est vrai, la médiation fait l’objet d’un discours rationnel, surtout dans le
cadre économique : le médiateur doit être « neutre », il doit
« avoir » une méthodologie « transparente », il doit agir
sur des « sujets » pas trop complexes, ni « impliquants »
pour les personnes. Il doit enfin être « choisi », soit par un
décideur, soit par deux ou plusieurs parties.
Or,
ce discours laisse de côté, l’irrationalité des acteurs, sous l’apparente
rationalité de celui à qui est proposé une mission de médiation, et de celui,
ce peut être le même, qui prend l’initiative de penser à une mission de
médiation.
Cette
« irrationalité » a cependant un corps, une âme : ceux de la
personne ou du groupe.
C’est
entre ces différents corps (assimilés à un premier niveau de problématique),
entre ces différentes âmes (assimilées à un second niveau, plus profond, de
problématique), que le médiateur doit se glisser. Il entre alors dans la
dialectique du conflit entre les parties et, entre de multiples allers retours
où il est lui-même mis en question, sur la base de : « est-ce que je
peux vous faire confiance ? », il devient » l’objet » de la
définition d’une voie permettant de réconcilier les différents points de vue.
Les
concepts de base de la médiation en milieu économique doivent donc être
revisités.
Tout
d’abord : la neutralité. Le médiateur serait nommé, de manière univoque,
par un décideur, en étant extérieur au conflit ou au projet qu’il s’agit de
régler ou de réaliser.
Comment
le médiateur a-t-il été trouvé ? L’objectivité pose ainsi déjà question,
puisque l’on ne trouve en général que ce que l’on cherche. Et que cherche-t-on,
sinon ce que l’on veut trouver ? Or, la neutralité du médiateur consiste
seulement à reconnaître qu’il est l’objet de ces projections, et qu’il doit
pousser la question du choix, des raisons, plus loin que ce que son
interlocuteur veut bien en dire de premier abord. L’on découvre alors que, pour
continuer à exister dans la dialectique du conflit ou du projet, le décideur
doit prendre en compte les autres parties. Il s’agit d’une question
existentielle, qui remet en cause les mécanismes conscients et inconscients par
lesquels chaque personne, ou groupe, s’est engagé dans la situation à résoudre,
y compris le décideur.
Le
décideur ne l’est alors plus vraiment, même s’il signe et qu’il paie. Le vrai
décideur est la perspective de sortie de la situation, avec la création d’un
nouveau champ relationnel.
La
neutralité du médiateur est seulement dans la capacité à se trouver accepté par
les parties, dans le cadre de la recherche d’une nouvelle situation qui le
dépasse.
Ensuite,
la méthodologie doit être transparente. Tout le monde le sait :
l’observateur ne voit que ce qu’il veut ou peut voir. Or, c’est sur ce qu’il
veut ou peut voir que va se faire le travail sur une nouvelle représentation de
la situation. Son corps et son âme seront alors interrogés, et transformés. Et
cela devrait se passer dans la transparence, alors qu’il n’y a rien de plus
opaque que ces processus. Il en est de même de chacune des parties prenantes à
la situation. Il est donc bon d’indiquer quelques étapes et quelques méthodes,
mais il ne faut pas s’illusionner sur la puissance de leur appropriation par
les parties.
Les
sujets ne doivent être ni trop complexes, ni trop impliquants pour les parties.
A voir comment se déroulent les ateliers de médiation, dans lesquels des
personnes, jeunes ou adultes, se servent d’un support pour parvenir à une
représentation du monde qu’ils ignoraient, et donc à un autre état d’eux-mêmes,
il ne faut douter ni de la complexité, ni de l’implication, elles sont tout le
temps présentes, même dans les plus anodines des situations.
Le
sujet, les parties, se transforment, au fur et à mesure des tensions, des
conflits, qu’ils doivent résoudre, sans y perdre leur identité, ni leurs
passions ! Et chacun trouve alors la solution optimale lui permettant de
sortir de la situation problématique.
Enfin,
le médiateur doit être choisi. En réalité, c’est l’espace de médiation qui est
choisi : un endroit de parole où chacun pourra trouver la confiance en la
prise en compte de ses préoccupations, de ses blocages, de ses espoirs, avec une
circulation entre les différentes paroles des parties. Le médiateur est donc
celui qui sera investi de cette projection de confiance, investissement limité
à la rationalité de celui qui en aura fait le choix, soit par première
décision, soit par acceptation de la proposition de médiation.
Dernier
point concernant cet approfondissement des concepts : la médiation ne peut
servir de poubelle, où chacun passerait pour le « singe » qu’il ne veut
pas voir dans cet espace de parole.
La
parole est exigeante, c’est la seule alternative pour qu’elle soit vraie.
Aussi, cet espace ne peut faire l’économie d’un travail sur les mots, leurs
représentations, leurs contenus affectifs, leurs origines, etc…
Toute
médiation s’oppose donc à l’immédiat, pour laisser le temps de la maturation.
Toute médiation suscite un cadre spatio-temporel qui lui est propre, loin des
cartes géographiques et des plannings prédéterminés, même s’ils sont utiles
pour commencer le débat.
Et
puis, finalement, toute médiation s’inscrit dans une oscillation entre
créativité et destructivité, loin des normes rationnelles de la coopération
standard.
La dynamique de groupe
Que
l'on veuille ou non, les opinions les plus fécondes et les sentiments
les plus profonds ne restent que chimères s'ils n'émergent pas de la
rêverie solitaire ou des confidences en tête à tête.
Pour devenir
des réalités dynamiques qui nous engagent, nous transforment et nous
transcendent, ils doivent être exposés à l'appréciation et à
l'altération des groupes auxquels nous appartenons.
C'est en
devenant des sujets d'intérêt dans des espaces publics de plus en plus
larges que les expériences individuelles contribuent à la
transformation des représentations et des réalités sociales." - Auteur
: Chantal Leclerc Comprendre et construire les groupes Les Presses de
l'Université Laval
Qu'est-ce-qu'un groupe ?
C'est
un nombre restreint de personnes (entre 3 et 20 ), impliqué dans une
entité repérable, dont l'unité résulte d'une certaine communauté du
sort collectif et de l'interdépendance des sorts individuels.
Ces personnes interagissent et s'influencent mutuellement.
Il
serait bien illusoire de croire à une communauté absolue d'objectifs au
sein d'un groupe. La vie collective se fonde autant sur la rivalité, la
compétition ou des désirs de différenciation que sur des désirs
d'affiliation et de solidarité.
De plus, la notion de cohésion est
autant déterminée par la coordination des comportements effectifs des
personnes mises en présence que par des objectifs partagés, des
intentions clarifiées ou des bons sentiments.
Le groupe se maintient
donc lorsqu'une recherche de correspondance se fait entre les
contributions et les attentes des uns et des autres. Ce ne sont pas
l'attrait d'un but commun ou l'attrait des personnes entre elles, comme
le prétendent plusieurs ouvrages de psychologie de groupe, mais la
notion de compatibilité des scénarios individuels qui devient centrale.
Pour que des projets s'inventent, il faut donc que l'idéal et l'absolu
fassent place au possible et au ponctuel.
Quelles sont les dimensions qu'il
faut considérer dans un groupe ?
J'en retiens quatre :
- la
dimension instrumentale : détermination, clarification des objectifs
individuels et collectifs ; distribution des rôles, recherche des
moyens et procédures permettant de progresser vers la réalisation des
objectifs ; clarification des messages qui s'échangent.
- la
dimension contextuelle : espace socio-historique, systèmes collectifs
de référence, autonomie laissée au groupe, etc...
- la
dimension relative à la composition du groupe : statuts de chacun,
appartenances repérables : âge, sexe, ethnie, qualification, catégorie
sociale, cultures et valeurs de chacun, etc...
- la
dimension relative aux ressources/ contraintes dans lesquelles se
trouve le groupe : délais, moyens, compétences, pouvoirs formels,
etc...
Quelles sont les interactions
entre individu et groupe ?
- d'un
côté, l'individu inscrit son action dans des attentes de l'organisation
dans laquelle il se trouve, d'un autre côté, la malléabilité et
l'ambigüité inhérente aux organisations lui laissent toujours une marge
de liberté, d'interprétation et de pouvoir, ce qui contribue à la
transformation de cette organisation. Pour survivre, l'organisation, et
le groupe, tolèrent toujours un certain écart à la norme.
- ensuite,
les membres d'un groupe agissent par approximation sociale. Ils font
comme si leur comportement et celui de leurs partenaires ne
comportaient aucune équivocité. On se compare aux autres, même pour
savoir ce que l'on ressent.
- l'effet
sur le groupe peut être que la recherche de l'accord devient si
prédominante qu'elle tend à l'emporter sur une évaluation réaliste des
autres possibilités d'action, d'ou quelques symptômes de la pensée de
groupe : l'illusion d'invulnérabilité, l'autojustification collective,
l'illusion d'unanimité, etc...
Comment fonctionnent les
processus de changement dans un groupe ?
J'ai
choisi de gérer le changement émergent, que je compare au changement
planifié : parce qu'il s'agit de gérer des processus nouveaux,
ébranlant les certitudes et les routines, qui sont des processus
complexes de remise en question des rapports sociaux et des individus.
Ces
changements échappent à l'autorité institutionnelle, aux programmes
rigides, aux solutions universelles. Ils se bâtissent sur la
construction de solutions locales et ponctuelles, dans lesquelles les
individus et les groupes donnent et trouvent du sens. Les solutions aux
problèmes et aux désirs quotidiens méritent donc toute l'attention.
- tout
d'abord, au niveau individuel : le rôle de chaque individu est d'abord
fait pour sa sécurité, sorte de sagesse, qui lui permettra d'explorer
les potentialités d'une situation. C'est lorsque les divergences et les
malaises surgissent que les individus peuvent alors chercher d'autres
répliques. Lorsqu'il y a incompatibilité entre l'image qu'on se fait de
soi, et les attentes liées au rôle que l'on tient.
- et
c'est donc l'investissement subjectif de l'individu dans une action
orientée vers des valeurs qui est le plus productif de changement. Il
nécessite, il est vrai, des efforts physiques, psychiques et matériels.
De plus, ceci se fait dans une problématique de positionnement des
individus entre eux, dans des contextes de coprésence et dans les
sentiers spatio-temporels de leur vie quotidienne. Enfin, il faut que
le changement vaille l'investissement à y affecter : sinon, pas de
mobilisation sur un changement, ou un retrait sur les aspirations, ou
un départ...
- ensuite,
concernant le groupe : il existe quelques leviers structurants.
Le premier
est la normalisation : le rôle du groupe n'est pas tellement
d'homogénéiser les points de vue, mais surtout de les intégrer à un
niveau supérieur, en permettant aux personnes d'affermir leur propre
position.
Le deuxième levier
réside dans la capacité à créer des dissonances : car l'un des enjeux
du groupe est de trouver l'équilibre entre des échanges complaisants et
des tensions extrêmes.
Le troisième
levier correspond à la fonction du groupe, de construction identitaire
et de redéfinition des réalités sociales dans l'action : partage
d'expériences concrètes, décristallisation des attitudes, des
comportements, des sentiments et des visions que l'on a de son
environnement.
Le quatrième
levier est celui de l'entraide et de l'autodétermination. L'aide aux
autres est une aide à soi-même.
Tout
ceci repose, bien sûr, sur la conviction que les sujets sont déterminés
à donner un sens à leurs conduites et à transformer leur environnement
pour le rendre plus viable, plus conforme à leurs désirs et à leurs
projets.
Quelles conséquences en tirer
pour l'animateur et l'animation ?
- Savoir
reconnaître et nommer les différentes stratégies de pouvoir qui
s'exercent dans le groupe.
- Savoir
mettre en question les déterminismes du pouvoir de façon à faire
comprendre qu'aucune situation n'est jamais totalement bloquée.
- Créer
des situations de confrontation dialectique, avec conviction et
sérénité.
- Amener
les membres du groupe à se doter de normes auto-instituantes.
- Ne
pas hésiter à prendre position, à utiliser son propre pouvoir pour
décourager systématiquement l'exercice des sortes de pouvoir qui
imposent une perspective sans raison valable.
Enfin,
de même que le coach individuel ne peut être le sachant du coaché, de
même qu'il doit tenir compte des interactions provoquées par sa seule
présence, il est impossible à l’animateur, en tant
qu'animateur,
d'échapper à sa propre position et d'intervenir à partir d'un point de
vue qui transcenderait ses appartenances et ses propres intérêts.
Ceci entraîne certains choix :
- reconnaître
que je suis immergé, plutôt que de me situer à l'extérieur
- utiliser
ma subjectivité comme instrument d'intervention, plutôt que de
prétendre poser des jugements objectifs et neutres
- exprimer
ma position, comme étant le résultat d'un choix, plutôt que de la
légitimer par mon statut et mon expertise
- rechercher
l'établissement de rapports égalitaires
- adapter
mes interventions aux situations locales, plutôt que d'appliquer des
méthodes prétendument universelles
- reconnaître
la réciprocité de l'influence
Enfin,
l'analyse des situations de groupe se fait en examinant :
- les
enjeux en présence dans le groupe, c'est-à-dire ce que les partenaires
peuvent perdre ou gagner dans l'interaction.
- les
raisons, les désirs, les peurs qui peuvent sous-tendre certaines
conduites individuelles et collectives, si aberrantes soient-elles.
- l'ensemble
des éléments qui peuvent influencer les forces de changement ou
d'inertie.
Les techniques d'animation
Des responsabilités partagées
Aucun
être humain, si doué soit-il, ne peut être centré à la fois sur la
tâche, sur les relations interpersonnelles, sur les messages implicites
qui s'échangent, sur les enjeux politiques en cause, sur les droits de
parole à attribuer, sur la critique des idées, sur la gestion du temps,
et sur les procédures.
Les responsabilités d'animation peuvent donc
se partager, mais cela se fait le plus souvent d'une façon graduelle, à
mesure que les membres mobilisent leurs ressources et qu'ils peuvent
assumer leur orientation et leur développement.
L'animation
contient cinq fonctions :
- la
fonction de communication : par exemple : s'interroger sur les sens des
interventions qui dérivent ou des messages qui s'éparpillent et
demander d'expliquer les liens avec le sujet sur lequel on échange. Ou
reconnaître l'équivocité irréductible de la communication et ses
limites dans la compréhension des autres. Ceci avec les différents
autres aspects classiques : écouter, reformuler, souligner les
malentendus, équilibrer les participations, etc...
- la
fonction de métacommunication : favoriser l'observation des processus
de groupe et leur élucidation, et renoncer à présenter son point de vue
comme une vérité indiscutable
- la
fonction de structuration : favoriser une démarche cohérente et
structurée : analyser les composantes d'une problématique, déterminer
une priorité d'intervention, proposer les moyens, les temps, les
stratégies pour atteindre l'objectif, proposer et faire respecter les
procédures, évaluer, conclure.
- la
fonction de production : favoriser la production et la réalisation de
la tâche, notamment proposer des modèles conceptuels permettant de
comprendre clairement les éléments inhérents à la tâche du groupe ;
utiliser des stratégies favorables à la résolution de problèmes, à la
prise de décisions et à la créativité.
- la
fonction de soutien affectif : favoriser un climat positif et le
développement de relations satisfaisantes : par exemple faciliter
l'expression des émotions pénibles, confuses, protéger les membres
vulnérables.
Quelques autres aspects
Les
silences : de transition, d'intégration, d'embarras, de démission, de
dépendance affective, d'appréhension de parler en public, d'agressivité
passive.
Chez les asiatiques, il y a un dicton : une personne ne
devrait parler que si la qualité de ce qu'elle a à dire est supérieure
à la qualité du silence qu'elle rompt.
La métacommunication : faire de la métacommunication, c'est décrire :
- la
manière dont on entre en relation et dont on se positionne les uns par
rapport aux autres
- la
manière dont on comprend ses paroles et gestes mutuels
- les
rôles que l'on s'attribue
- les
normes et les règles implicites qui régissent la communication et qui
peuvent finir par causer un problème.
Pour favoriser la compréhension mutuelle, on utilise :
- la
reformulation
- la
synthèse
- la
mise au point
- les
différents types de questions
- les
liens entre les interventions
- le
reflet empathique
- le
feed back
Il peut également y avoir des stratégies d'invalidation :
- les
messages niant l'expérience de l'autre
- les
messages définissant l'expérience de l'autre (catégorisation,
attribution, réaction hors contexte, rejet, sous-évaluation ou
sur-évaluation de l'expérience de l'autre )
- les
messages paradoxaux ou générateurs de confusion (double sens, allusion,
message énigmatique, confus, changement de sujet, de registre
émotionnel, de position relationnelle, message contradictoire et double
contrainte, injonction paradoxale )
- message
faisant appel à des aspects extérieurs à la relation.
Si
c'est utile (par exemple, si le groupe a besoin de se rassurer, il
existe des outils d'évaluation, sous forme de tableaux, susceptibles
d'aider le groupe à poser des réflexions sur son avancement ).
Favoriser le dialogue rationnel :
- être
en possession d'informations précises et intégrales
- être
à l'abri de toute coercition et d'illusions déformantes
- être
ouvert aux perspectives alternatives
Sachant
qu'il est difficile de séparer le sens des mots et des phrases, de la
relation qui leur sert de support, et de leur propre relativité pour
chacun. En d'autres termes, les mots et les phrases, au delà du sens
éventuellement conventionnel sur lesquels les interlocuteurs peuvent
s'accorder, sont le reflet de situations subjectives : à chaque mot ou
chaque phrase, un vécu individuel.
L'apprentissage
Tant
au plan de la pratique que de la pensée théorique, la vie humaine tient
la plus grande part de sa richesse, de toute expérience qui sort de la
réalité convenue de la vie quotidienne, de toute ouverture au mystère
qui nous entoure de tous côtés (cité dans Musgrove, 1977, p.11)."
Qu'est-ce-qu'apprendre ?
Nous
n'avons pas le choix : il est nécessaire de comprendre nos expériences
pour pouvoir agir efficacement. Le savoir ne se trouvant ni dans les
livres, ni dans l'expérience du formateur, il revient à l'apprenant que
chacun de nous est, à interpréter et réinterpréter, en nos propres
termes, le sens d'une expérience.
Dans l'apprentissage, nous
réinterprétons en quelque sorte une expérience ancienne (ou en
décryptons une nouvelle ) à partir d'un nouvel ensemble d'anticipations
( conduite manifestant une préparation spécifique à un évènement futur
ou une révision consciente ), attribuant ainsi à l'expérience passée ou
nouvelle un sens nouveau et une perspective nouvelle.
Ceci peut se
faire à partir, soit : des schèmes préexistants, des schèmes
compatibles avec les préexistants, des schèmes transformés (nous
éprouvons un sentiment d'inadéquation ), d'une transformation de
perspective ( nécessitant une recherche de nouveaux schèmes ).
Enfin
notre apprentissage est presque toujours multidimensionnel : il
implique d'apprendre à maîtriser l'environnement, à comprendre le sens
de nos communications avec les autres et à nous comprendre nous-même.
Comment apprend-on ?
Les
évènements qui arrivent à chacun d'entre nous déterminent moins
sûrement nos actes, nos espérances, nos performances, notre acceptation
ou notre révolte, notre équilibre affectif que ne le font les
interprétations et les justifications que nous donnons de ces
évènements eux-mêmes.
Chaque évènement perçu est donc un acte de
sélection de notre psyché, car l'esprit sait se protéger d'un évènement
trop angoissant par une suspension totale ou partielle de la
conscience. Ce mécanisme crée un point aveugle, une zone d'attention
bloquée, source d'illusions et de fantasmes.
Nous avons donc
tendance à accepter et intégrer les expériences qui entrent facilement
dans notre cadre de référence, jusqu'à ce que des symptômes : santé,
travail, affectif, viennent nous rappeler qu'il peut y avoir d'autres
manières de comprendre et de vivre.
L'apprentissage implique donc toujours l'interaction de :
- l'image
de soi, la cadre de référence et la ligne de conduite en fonction
de laquelle
l'apprentissage s'effectue
- les
conditions de communication : la maîtrise du langage, les codes qui
le
sous-tendent
- la
situation rencontrée, c'est-à-dire les circonstances extérieures
qui entourent la
production d'une interprétation et sa mémorisation ( ici,
par exemple,
l'implication affective du mode de communication :
tendre, humoristique,
violent, etc... )
Quelles conséquences en tirer ?
Le
monde contemporain se caractérise autant par l'affaiblissement des
structures d'autorité traditionnelles ( y compris idéologiques ) que
par une nette accélération du rythme des changements qui interviennent
dans la vie des adultes ( encore que ce dernier point, considéré comme
"réel" actuellement, n'est que la traduction de l'écart existant entre
les créations de nos sociétés et le sens et l'organisation que nous
nous donnons ).
Ces circonstances exigent des individus une capacité
à résoudre un registre de problèmes plus étendu que jamais sans qu'ils
puissent compter, comme auparavant, sur d'autres ressources que les
leurs. Les valeurs prescrites par la culture et les systèmes de
croyances acquis à travers la socialisation risquent de ne plus être
adaptés à ces tâches.
La formation des adultes devient donc une
entreprise collective d'apprentissage informel et non directif dont
l'objectif principal est de découvrir le sens de l'expérience ; une
quête de l'esprit qui creuse jusqu'aux racines des préconceptions qui
élaborent notre conduite ; une technique d'apprentissage pour adultes
qui juxtapose la formation et la vie, élevant ainsi le fait même de
vivre au rang d'expérimentation audacieuse... Délaissant les manières
habituelles, l'apprenant commence par étudier les problèmes immédiats
auxquels il est confronté et qui font obstacle à son épanouissement. Le
maître abandonne son rôle de figure d'autorité pour devenir le guide,
l'instigateur qui collabore à l'apprentissage en proportion de la force
et de la pertinence de ses actes et de ses expériences.
Apprendre à un adulte doit donc passer par l'aider à :
- être
mieux renseigné sur les contextes ( normes, codes, modèles de
réactions, filtres perceptifs ) et les conséquences de leurs croyances
- exercer
davantage sa réflexion critique dans l'évaluation, tant du contenu et
du processus de la résolution de problème, que de sa propre manière de
participer à ce processus
- mettre
en parenthèses leurs idées préconçues, examiner ouvertement les
informations et évaluer les arguments des autres (mécanismes du
dialogue rationnel )
- produire
de meilleures inférences, des généralisations plus pertinentes et des
arguments cohérents
- moins
céder à des mécanismes psychologiques de défense et mieux accepter
l'autorité d'une validation consensuelle provisoire des idées exprimées
- recentrer
la situation problématique, la faire redéfinir, de façon à ce qu'elle
intègre sa solution potentielle.
Le
chanteur disait « je sais que je ne sais pas ». C’est le début de
l’apprentissage. C’est son chemin. Une fois que l’on « sait », chacun
est alors prêt pour apprendre de nouveau, pour être sollicité de
nouveau.
Le désir
"Il
y a pourtant, au coeur des hommes, quelque chose d'aussi fort que
l'amour de la vie, c'est la curiosité. Et au coeur de la curiosité, il
y a quelque chose qui est comme l'âme du monde, et son moteur : c'est
le désir."
Ce passage de Jean d'Ormesson dans La Douane de la Mer
exprime le mieux ce que je retiens de ce fameux désir en psychologie :
la curiosité, une finalité, le moteur, une énergie.
Je me suis
donc intéressé à la compréhension de ce binôme : finalité/énergie, afin
de parvenir à répondre de manière simple, à trois questions, articulées
autour du désir :
- Quelle
est la finalité du désir ?
- Comment
fonctionne l'énergie du désir ?
- Quelles
conséquences en tirer pour un travail d'accompagnement des individus,
basé sur leur développement ?
Auparavant,
je retiens la définition suivante du désir : il est une tension, entre
ce que nous retenons de ce qui nous entoure, et la recherche de notre
satisfaction originaire.
Le désir est donc une illusion, puisqu'il
dépend de l'idée fausse que ce qui nous entoure est quelque chose
d'autre, qu'on a besoin de chercher en dehors de soi.
Alors que ce n'est jamais que l'interprétation psychique que l'on en
donne.
Le
désir n'est donc rien d'autre que sa propre interprétation : il est
aussi puissant qu'évanescent : car ce sont sans cesse des compromis qui
se voient, sans abandonner cette recherche pathétique de la
satisfaction originaire.
La satisfaction originaire tient à deux pulsions contradictoires et
complémentaires : la peur du manque et l’envie de l’infini.
Quelle est la finalité du
désir ?
C'est
avant tout un paradoxe. La finalité du désir : en finir avec le vivant,
alors que seul le vivant permet au désir de s'exprimer.
Le désir
n'est pas purement et simplement finalisé par l'objet de la
satisfaction originaire : il est plutôt la quête erratique des signes
de la perception de cette satisfaction.
Le sujet ne se fait donc pas à la perte de sa toute puissance, et
l'extérieur le lui rappelle constamment.
Le désir n'a plus alors d'autre objet que de donner du sens à ce que
l'individu vit.
Ce
que le désir recherche alors, c'est la connaissance de toute la réalité
qui est la sienne, et qui ne se résume pas au caractère souffreteux ou
non de la petite enfance.
Comment fonctionne l'énergie du
désir ?
Un
peu comme les planètes de notre galaxie, attirées et repoussées les
unes par les autres, il s'agit d'un double mouvement, apparemment
contradictoire.
Et c'est ce mouvement qui fait avancer, se développer, et éviter la
régression.
Il
s'agit donc d'un va et vient, creusant par son mouvement même une
entité, jamais fixe, jamais définitive, qui est celle de l'individu.
Ce va et vient est une tension de l'individu entre le refus de la
frustation et la peur d'un plaisir trop fort.
Le désir a donc des ruses, la principale étant le fantasme.
Ce
dernier peut prendre la forme de l'argent, du pouvoir, du sexe, de
toute image subliminale. L'autre ruse est le symptôme : inhibition,
angoisse, envie, etc...
La tendance lourde du psychisme humain est
de faire de ces fantasmes et de ces symtômes des opportunités de
modification de la personnalité.
C'est dans cet incessant va et vient que se forge l'individu : le
mouvement et la finalité se rejoignent alors.
Quelles conséquences en tirer
pour un travail d'accompagnement des individus basés sur leur
développement ? Il n'y a pas contradiction entre développement personnel et
développement professionnel, il y a même complémentarité.
L'objet
du coaching doit cependant être clairement identifié : dans le champ
professionnel, et avec une définition de l'objectif à atteindre.
Quelle
est la réalité profonde de cet objectif, au delà du fantasme, et du
symptôme, quelle est sa part réalisable, accessible, tant par la
mobilisation des ressources de l'individu, que par la prise en compte
de l'environnement : équipe, marché, concurrents ?
Cette réalité se découvre au fur et à mesure de sa mise en forme, en
paroles notamment, la parole entraînant souvent l’action.
Ce
n'est que par le langage, ses écarts, ses interstices, le temps de
l'expression, de la mise en action des objectifs, que je peux
accompagner l'individu.
L'aider à ce qu'il se donne les moyens de ses objectifs, quitte à
recentrer sa personnalité sur ses ressources les plus
profondes et les plus réalistes.
Et,
dans cette « aide », tenir compte de ma présence, de ses effets : les
interactions étant importantes et devant être maîtrisées, afin de
"retourner" le mieux possible les remarques qui me sont adressées, et
qui ne regardent que celui qui me les adresse. Mais aussi, bien
préciser où je me « trouve », par quoi je suis traversé, l’authenticité
de l’autre ne pouvant s’exprimer que si la mienne est présente.
L'énergie vitale
J'ai utilisé le mot d'énergie
pour parler du désir.
Ce mot mérite de s'y attarder, car il constitue une base de mes
convictions et de mon raisonnement.
Je qualifie cette énergie de vitale, étant à la source de toute vie,
minérale, végétale, animale ou humaine.
N.
WIENER, physicien, disait " Nous ne sommes que des tourbillons dans une
rivière qui coule sans fin. Nous ne sommes pas une substance qui
demeure, mais des tracés qui se perpétuent".
Dans l'univers, tel que
nous le définissons habituellement : l'ensemble des galaxies, et des
autres univers, aucune particule, ni aucune autre entité, n'a de
permanence absolue.
La matière, que l'on peut penser stable, change à chaque instant, de
manière imperceptible, sans quoi elle ne vieillirait pas.
Il n'y a donc rien d'autre qu'un flux en constante transformation, qui
se manifeste de diverses façons.
Ce
flux, cette onde, est caractérisée par la somme de toutes les
expériences de la vie actuelle, et des vies passées, qu'elles soient
cosmologiques, minérales, végétales, animales, ou humaines.
Voilà
pourquoi, chacun de nous, dans ses propres recherches, enrichira
l'expérience de tout l'univers, c'est ce qui fait de la vie de chacun,
quelque chose de sacré.
Pourquoi est-il utile de chercher
l'origine ? ou de comprendre ce qu'est l'énergie vitale ?
Mon
expérience personnelle m'a amené à rechercher mes origines, et plus
profondément, mon origine, au sens de l'origine de chaque être.
L'énergie
vitale est une de mes réponses. Je l'ai trouvée au croisement des
apports bouddhistes, freudiens, jungiens et lacaniens. Aucune
prétention dans ce que j'écris, simplement ma vérité, résultat de mes
recherches.
Pour un bouddhiste, l'énergie vitale, l'origine est sans
forme. Elle peut être comparée à une onde, caractérisée par la somme de
toutes les expériences de cette vie et des vies passées.
Pour un
freudien, mon histoire semble repasser par la poussière d'ou je viens,
pour modeler de sa glaise vivante une forme nouvelle : je suis celui
que l'inconscient a emprunté pour se mettre en acte : celui que
l'origine a emprunté en toute dernière extrémité.
Pour un jungien,
le cerveau a été formé et influencé par les expériences lointaines de
l'humanité. L'inconscient n'est pas un réduit ou l'homme vide ses
ordures, mais la source de la conscience.
Pour un lacanien,
l'origine est dans les interstices de la parole. Je suis ce que je
sais, et l'origine ne peut être un simple double, ou un reflet de ce
que je suis. Elle a des irruptions récurrentes, que seul un détachement
passionné, serein, humble, peut permettre d'appréhender.
Alors que
nous concevons le monde comme nous étant extérieur, chacun des auteurs
nous montre que le moi, l'égo sont une fiction, qu'il est donc
impossible de satisfaire, par définition, et qui deviennent la cause de
tous nos maux.
Nous devons donc chercher à comprendre, à réfléchir,
à mûrir, à purifier, les flots de pensées et de sentiments que nous
rencontrons, et nous apporterons ainsi davantage d'intelligence, que ce
soit pour nous, ou pour les prochains supports de conscience.
Comment distinguer les apparences
du fond ? La pensée a quatre fonctions : l'intuition ou la sensation, le
sentiment, le conscient, et l'inconscient.
Il
s'agit de faire des allers retours entre ces quatre fonctions, allers
retours jamais fermés, et ouvrant sur des résurgences de l'origine
(énergie vitale ), qui a l'air de se complaire dans le paradoxe.
Pour
l'esprit occidental, contrairement à l'oriental, il y a souffrance,
puisqu'il n'y a pas de réponse définitive, claire, fermée sur elle.
De
l'extérieur, la psychanalyse, outil de création occidental, peut être
perçue comme visant un statu quo acceptable pour l'ego : trouver une
adéquation entre les forces pulsonnielles dont le moi est le théâtre,
et les exigences de la société.
Elle serait un travail purement
intellectuel, avec bouclage rétroactif. Mais il n'en est rien : devant
la force des résurgences, il n'y a plus qu'à contempler et écouter,
sans se laisser prendre dans l'illusion du moi.
Pour Jung, être
tolérant et développer « une amour attitude » vis-à-vis de soi ouvre à
la rédemption, mot religieux un peu chargé, mais que nous pouvons
rapprocher du concept de vacuité chez les bouddhistes.
La
contemplation permet alors de sortir de la pensée discursive, illusoire
du moi, pour appréhender la nature du monde des phénomènes sur un mode
non duel, dans lequel les notions de sujet et d'objet n'ont plus aucune
signification : ce serait la rédemption.
Ce n'est donc que par
approximation, par manque d'investigation, par absence d'esprit
critique, que nous acceptons allègrement les choses telles qu'elles
apparaissent.
Bien entendu, il ne s'agit pas de passer dans une
activité purement contemplative, pour chercher cette rédemption. Elle
est surtout inscrite au coeur de nos actions quotidiennes, qu'il s'agit
de déchiffrer, pour unir l'homme extérieur et l'homme intérieur.
Quelles conséquences en tirer ?
La
poursuite de buts matériels, et strictement matériels, ne peut apporter
l'accomplissement et la paix intérieure.
Ceci
peut sembler paradoxal en ce qui concerne l'accompagnement de
professionnels, mais ils sont avant tout des hommes ou des femmes,
soucieux d'une harmonie intérieure, et d'une grande capacité de
développement. Il n'y a pas contradiction entre développement intérieur
et développement de ses activités, au contraire, tout porte à penser
que nous disposons de ressources illimitées, mais qu'il nous faut les
respecter, les comprendre, et leur donner une dimension compatible avec
notre équilibre.
Le
travail d'accompagnement a donc pour objectif d'aider chacun à se
relier au meilleur de lui-même et au sens de son action.
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